DIALOGUES ET ÉTINCELLES------------------Occupez-moi ça! Chroniques d’une bâtisseuse communautaire

Quand je compare mon travail avec ce qui se passe dans le monde avec les mouvements de la base tels qu’Occupons Wall Street, je trouve difficile de voir le lien entre les deux. Je suis Occupons Wall Street aux nouvelles quotidiennes et je ne vois pas ce que j’ai en commun avec des gens qui tiennent des réunions qu’on dirait sorties d’un dessin animé comme Jacob Two Two. Un gros haut-parleur transmet tout ce qui est dit, et la foule répète en écho pour créer un « micro humain »; chaque phrase est répétée une deuxième fois, exactement comme dans Jacob Two Two, où le personnage de Mordecai Richler doit tout dire deux fois pour être entendu. Les signes des mains que les « occupants » utilisent pour exprimer leur sentiment à propos de n’importe quel sujet semblent peu fiables et inefficaces, pour ne pas dire qu’ils démontrent un manque d’organisation et font perdre du temps. Je ne crois pas qu’ils puissent accomplir quoi que ce soit s’ils n’ont pas un objectif précis. 

Je n’ai jamais fait partie d’un mouvement, je n’ai pas de point de référence. Il me semble simplement que c’est trop de discussion et pas assez d’action. J’ai besoin de faire plus de choses, de ne pas passer tant de temps à attendre le consensus. Je regarde, frustrée. Je regarde, déçue. Je regarde et j’espère trouver quelque chose. J’arrête de regarder: ils m’ont perdue. 

Puis là, je tombe sur un de ces blogues de vidéos partagé sur Facebook, c’est un gars qui fait du hip hop. Okay, je regarde, j’écoute. Il explique son scepticisme, raconte sa visite à Occupons, parle d’un moment de bascule, de son acceptation puis de sa transition jusqu’à devenir un partisan et un convaincu, à cause de l’inspiration! Il est inspiré par les manifestants, inspiré par leur espoir, inspiré par leur sens de la communauté, inspiré par leur sacrifice, inspiré par leur détermination patiente. 

Inspiré. Inspiré! Voilà le mot dont j’ai besoin, voilà le sentiment dont j’ai besoin, la connexion viscérale dont j’ai besoin pour être capable de me sentir interpelée. D’accord, je comprends ça, je suis avec vous... Occupez-moi ça!

Pourquoi ça résonne en moi? Bien, c’est parce que comme je suis enseignante, bâtisseuse communautaire et maman, l’inspiration, c’est mon domaine! Voici un bref résumé du parcours qui m’a amenée (par accident) à travailler « là-dedans ». 

Reculons de 20 ans: je suis une toxicomane en rétablissement, je suis seule, isolée, je n’ai pas de communauté d’appartenance. Pour des raisons égoïstes, je commence à construire un réseau. Je donne une seconde vie à un studio de danse, un organisme sans but lucratif agonisant, pour que je puisse commencer à m’entourer de gens qui me ressemblent et à danser, juste pour moi.

Pendant les 20 années suivantes, je suis inspirée. Inspirée par des enfants qui n’ont pas d’argent pour se payer des cours, je mets sur pied un programme de bourses. Inspirée par une danseuse passionnée, je continue mes études et décroche mon diplôme en danse. Inspirée mes professeurs dont les enseignements sont de véritables cadeaux, je démarre ma propre entreprise, un studio de danse. 

J’ai l’inspiration de démarrer une compagnie de danse jeunesse à but non lucratif, Extremely Moving Youth Society, pour donner l’occasion aux jeunes danseurs de s’exprimer. Mon fils me donne l’inspiration de mettre sur pied la Breakdancing Yukon Society, un organisme qui utilise le hip hop pour mobiliser les jeunes. Ma communauté de pairs grandit et m’inspire à démarrer un centre communautaire intergénérationnel axé sur les arts qui permet aux gens de participer aux activités en payant selon leurs moyens. 

Finalement, je suis inspirée par les enfants à qui j’ai enseigné au cours des 10, 12, 15 ou 20 dernières années, par leur enthousiasme grandissant à soutenir ces projets. Ils veulent aider, ils aident : bénévolat, organisation, rénovation, rédaction de demandes de financement, participation aux conseils d’administration. Nous travaillons ensemble, nous inspirant les uns les autres. C’est un courant cyclique d’inspiration infinie.

Donc, je comprends, c’est comme ça que Occupons va changer les choses : en inspirant le changement. Ça va prendre du temps, mais ça marche. Les idées deviennent réalité aussi longtemps que nous continuons à nourrir l’inspiration, parce que parfois, notre rôle n’est pas de faire les choses, mais de donner l’inspiration d’agir aux autres.

J’arrête le cynisme et je m’en tiens à l’acceptation : le changement peut se produire avec le temps, aussi longtemps que les gens sont... inspirés!

 

BIO

Andrea Simpson-Fowler a dansé toute sa vie. Transplantée contre son gré au Yukon à l’âge de 11 ans, elle a été dévastée d’y constater l’absence d’endroits où danser et de gens avec qui le faire. Puis, il y eut une adolescence difficile menant à un long combat contre l’alcool et la drogue. Après un stage de réhabilitation réussie, elle a ressenti l’inspiration d’aller chercher un diplôme en danse à l’Université Simon Fraser. De retour à Whitehorse, elle a commencé à développer sa philosophie de l’apprentissage de l’autonomie par la danse, en privilégiant le principe « Danser sa Vie ». En 1999, elle a inauguré la compagnie Leaping Feats Creative Danceworks et, avec son approche innovatrice à l’enseignement de la danse, elle a commencé à former des danseuses et des danseurs aux genres suivants: claquettes, ballet, danse moderne créative, jazz, style contemporain, breakdance et hip hop, tout en gardant l’accent sur la notion d’une autonomie par la danse. En 2000, elle a fondé l’organisme sans but lucratif Extremely Moving Youth Society, qui offre un programme professionnel de formation en danse à des jeunes de 11 ans et plus. À titre de directrice artistique d’Extremely Moving, elle a piloté ce programme intensif pour 36 jeunes de 11 à 18 ans, en trois sous-groupes. Elle a aussi dirigé le Repertory Development Project, qui invite des chorégraphes canadien-nes de pointe à visiter le Yukon pour chorégraphier des spectacles et enseigner leur art à des gens de tous les âges et niveaux. En 2004, elle a fait partie du groupe de parents qui a fondé la Breakdancing Yukon Society, qui travaille au développement de la communauté hip hop au Yukon. Directrice artistique de la BYS, Andrea a successivement mis sur pied des camps de hip hop récréatif, l’école Street Dance Intensive (avec des enseignants de renommée internationale), Cypher for Change (un forum national pour B-boy/girl), Yukon Energy: Klondike Heat, une compétition nationale de breakdance, et le Young Emerging Artist Development Project. Ces jours-ci, Andrea travaille à la création d’un centre communautaire, The Heart of Riverdale, qui offrira des programmes récréatifs destinés à tous les membres de la communauté, qui doivent en faire un moyeu intergénérationnel d’activité dans notre ville.

Lisez le profil complet de l'étincelle Andrea Simpson Fowler.

 

 


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