Aider les personnes qui travaillent en prévention de la violence à révéler, relâcher et reconnecter : Un atelier pour apprendre à gérer la fatigue de compassion








Objectif(s) et contexte

 

  • Reconsidérer la violence comme étant l’expression de l’interconnexion de la violence sur les plans intime, relationnel et systémique, des différentes formes de pouvoir et de contrôle1;

  • Identifier les façons dont les personnes qui travaillent auprès des victimes de violence sont elles-mêmes affectées ;

  • Identifier et mettre sur pied des stratégies pour aider à gérer les traumatismes indirects.

 

 

La violence peut être l’utilisation d’une force physique agressive pour blesser quelqu’un ou endommager quelque chose. Elle peut aussi être l’effet créé par la menace d’une telle action. Elle est une force extrêmement destructive ou incontrôlable, qui implique des émotions très intenses. Elle peut aussi être une forme d’expression oppressive, blessante, nocive et nuisible, autant pour soi que pour les autres. La violence peut être vécue sous plusieurs formes. Elle peut être auto-infligée (suicide, troubles de l’alimentation, etc.), relationnelle (abus sexuel, violence conjugale, etc.) ou systémique (racisme, sexisme, etc.).

 

Pour plus de renseignements au sujet de la violence, veuillez consulter la fiche de renseignements «Prévention de la violence» du manuel Résonnance.

 

Les effets de la violence ont souvent une grande portée. Ils peuvent affecter une personne ou un groupe de personnes sur le plan psychologique, social, physique et spirituel. 2 Ce phénomène est appelé traumatisme indirect ou stress traumatique secondaire. 3 C’est pourquoi il est aussi important de soutenir les personnes qui travaillent avec les victimes de violence intime, relationnelle et systémique. Les conséquences d’un contact avec de telles histoires de violence peuvent souvent être similaires aux conséquences vécues par les victimes directes de violence. Pour arriver à les gérer, plusieurs approches peuvent être utilisées, certaines sont bénéfiques, d’autres nuisibles.

 

Les symptômes de traumatisme indirect peuvent inclurent l’anxiété, le stress, le repli sur soi, la souffrance, la peine ainsi qu’une sensibilité accrue à la violence présentée dans les médias. Les personnes qui aident et accompagnent des victimes de violence développent parfois l’impression qu’elles ne peuvent profiter pleinement de la vie quand autant de gens souffrent partout dans le monde. Entendre de telles histoires de trahison peut rendre certaines personnes méfiantes envers leurs proches ou surprotectrices de leurs enfants.

 

Les professionnelLEs de la santé mentale n’ont généralement pas le droit de partager les renseignements concernant leurs patientEs avec les gens de leur entourage. Ainsi, il leur est impossible d’être réconfortéEs par leurs amiEs et familles lors d’expériences difficiles avec leurs patientEs. En écoutant parler ces personnes qui ont souffert, les personnes qui font du travail de thérapie, d’organisation communautaire, d’éducation, de travail social et de prévention de la violence peuvent éprouver une telle empathie qu’elles développent ce qu’on appelle une « fatigue de compassion ».

 

Plusieurs stratégies ont été documentées comment étant primordiales afin de gérer le traumatisme indirect4. On retrouve parmi ces stratégies le soutien social, le travail en équipe, l’éducation continue, l’équilibre entre le travail et le jeu, l’activité physique, la spiritualité, le militantisme social et la thérapie personnelle.

 

QUELQUES EFFETS CAUSÉS PAR LE TRAVAIL AVEC DE LA VIOLENCE

Psychologique

Physique

Social

Spirituel

 

Diminution de la concentration

Anxiété

Dépression

Peur

Irritabilité

Sensibilité accrue à la violence dans les médias (bulletin d’informations, films, TV, Internet, etc.)

 

 

Tension

Douleur

Maux de tête

Affaiblissement du système immunitaire

 

 

Repli sur soi

Isolement

 

 

 

Sentiment d’impuissance

Désespoir

 

 

Durée

170 minutes (2 heures 50 minutes)

L’activité peut être faite en deux parties :

Première partie : 60 minutes

Deuxième partie : 100 minutes

Retour : 10 minutes

 

Nombre de participantEs

8 à 24 participantEs

 

Groupe d’âge

Cette activité s’adresse à des personnes âgées de 16 ans et plus.

 

Compétences

Collaboration, communication, analyse critique

 

Format et technique

Conversation

 

 

Matériel requis

Un tableau de papier, des marqueurs, du papier collant, des feuilles de papier vierge, des stylos, au moins 100 perles (de taille petite à moyenne), une bobine de corde élastique ou souple, des ciseaux.

Des photocopies de la section « contexte » de cet atelier.

 

 

Trucs pour l’animation :

  • Cet atelier est conçu pour les personnes qui travaillent en prévention de la violence et non pour les groupes de filles.

  • Cet atelier devrait être fait après un atelier d’introduction ou un atelier qui explore la définition de ce qu’est la violence. Ces ateliers préparatoires sont importants afin de s’assurer que toutes les participantEs ont une compréhension similaire de la violence, comme étant l’expression de l’interconnexion entre la violence intime, relationelle et systémique.

  • Cet atelier est à la fois une façon de gérer le traumatisme indirect et de discuter de nouvelles stratégies pour y faire face. C’est pourquoi il est important de prendre le temps pour faire chacune des parties de l’atelier. La première partie peut être un atelier en soi, à condition que la deuxième partie soit faite dans les jours ou les semaines qui suivent. Si vous animez les deux parties en un seul atelier, accordez une courte pause (10-15 minutes) aux participantEs entre les deux parties.

 

Utilisez les principes de l’éducation populaire

Faites cet atelier en partant des expériences de travail auprès de victimes de violence vécues par les participantEs. Identifiez les tendances et les perspectives communes qui peuvent mener à l’introduction ou à l’analyse approfondie du traumatisme indirect.

Invitez les participantEs à élaborer et mettre en pratique des stratégies d’action et par la suite de les utiliser dans leur quotidien.

 

Étapes à suivre pour réaliser cette activité :

Cette activité comprend deux parties.

 

Préparation

Préparez un tableau de papier avec des colonnes ayant les titres suivants : psychologique, physique, spirituel, social.

 

Atelier :

Première partie : Révéler les raisons et les tendances

  1. Accueillez les participantEs et présentez le thème de l’atelier, « Surmonter le traumatisme indirect », en vous référant à quelques-uns des points mentionnés dans la mise en contexte ci-dessus. Vous pouvez adapter cette introduction aux enjeux et populations spécifiques avec lesquelles vos participantEs travaillent (5 minutes).

  2. Écriture personnelle : Distribuez les feuilles de papier et les stylos. Invitez les participantEs à réfléchir à pourquoi elles ont commencé à travailler auprès de victimes de violence en écrivant une courte histoire du genre « conte de fées » qui commence par « Il était une fois… » (10 minutes).

  3. Demandez aux participantEs de partager leur histoire avec unE partenaire de leur choix (10 minutes).

  4. Demandez à deux ou trois participantEs de partager leur histoire avec le groupe (10 minutes).

  5. Demandez aux participantEs s’il y a des points communs entre les histoires racontées (15 minutes).

  6. Demandez aux participantEs quels types de violence sont souvent au cœur de leur travail. Écrivez les réponses sur le tableau de papier (10 minutes).

  7. Distribuez la partie « contexte » de l’atelier. Revoyez ensemble la définition de la violence comme étant l’expression de l’interconnexion entre la violence intime, relationnel et systémique. Demandez aux participantEs si elles souhaitent ajouter des éléments à cette définition (5 minutes).

  8. À ce moment, vous pouvez soit prendre une pause (10-15 minutes) ou passer au retour (expliqué ci-dessous) de l’activité, remercier les participantEs et leur rappeler la date de la deuxième partie de l’atelier, s’il y a lieu.

 

Deuxième partie : Relâcher et reconnecter

  1. Accueillez les participantEs et expliquez les consignes suivantes. Expliquez que le groupe sera divisé en sous-groupes de quatre à six personnes. Chaque groupe aura une grande feuille de papier et un marqueur. Demandez à chaque groupe de tracer le contour d’une personne puis d’écrire les façons dont le travail auprès de personnes victimes de violence les affecte (15 minutes).

  2. Demandez à chaque groupe de présenter sa feuille et de parler des façons dont le travail auprès de victimes de violence les touche (environ deux minutes par groupe, pour un total de 10 minutes).

  3. En utilisant la feuilles du tableau de papier où vous avez déjà inscrit des titres en colonnes, demandez aux participantEs de réfléchir et de noter (10 minutes):

    1. Les impacts psychologiques de travailler en contact avec de la violence (perte de concentration, mémoire, stress, anxiété, chagrin, etc.) ;

    2. Les répercussions sociales (repli sur soi, perte d’intérêt, peur de certaines personnes comme, par exemple des hommes, etc.) ;

    3. Les conséquences sur le plan spirituel (sentiment de désespoir, détresse, etc.) ;

    4. Les effets physiques (douleurs au dos, tensions, migraines, système immunitaire affaibli, etc.).

  4. En équipe de deux, demandez aux participantEs de réfléchir aux façons qu’elles ont essayé afin de faire face aux différentes répercussions, psychologiques, sociales, spirituelles et physiques, qu’elles subissent en travaillant avec des personnes victimes de violence (5 minutes).

  5. En grand groupe, demandez au participantEs de partager les idées qui viennent d’être discutées pour faire face aux impacts d’un travail en contact avec de la violence. Notez ces idées sur une feuille séparée (10 minutes).

  6. Distribuez des documents de référence sur la « fatigue de compassion » et étudiez-les avec le groupe. Reconnaissez les idées, suggérées par le groupe, qui ne se trouvent pas dans les documents de référence (5 minutes).

  7. Placez un bol rempli de billes, la ficelle et les ciseaux au centre du cercle. Demandez aux participantEs de couper un bout de ficelle et de prendre une bille pour chacune des idées dont elles souhaitent se rappeler, ou pour chaque personne qui leur apporte du soutien et les aide à composer avec leur travail. Accompagnez cet exercice d’une musique de fond tranquille. (25 minutes).

  8. Demandez à quelques personnes volontaires de partager l’histoire de leurs billes avec le reste du groupe (10 minutes).

 

Retour (10 minutes)

    1. Pour clore l’atelier, demandez aux participantEs de se lever, de former un cercle et de dire, à tour de rôle, un mot pour décrire l’atelier.

    2. Facultatif : Si ça semble approprié, demandez aux participantEs de se tenir par la main et de faire circuler une légère pression d’une main à l’autre (une personne serre la main de la personne à ses côtés, qui serre à son tour la main de la prochaine personne et ainsi de suite). Faites deux fois le tour du cercle : lors du deuxième tour, demandez aux participantEs de dire un mot qui décrit leur expérience de l’atelier.

    3. Remerciez les participantEs.

 

Indicateurs de réussite :

Les participantEs :

  • Sont capables d’identifier les répercussions dans leur vie de leur travail auprès des victimes de violence.

  • Discutent ensemble du traumatisme indirect.

 

 


1

Pour des ressources complémentaires afin de mieux comprendre la violence en tant que forme de pouvoir et de contrôle, veuillez consulter le Modèle Duluth:

 

http://www.theduluthmodel.org/documents/PhyVio.pdf

 

 

Notez toutefois que ce modèle, bien qu’utile, n’énonce pas les raisons systémiques qui motivent le désir de pouvoir et de contrôle. De plus, ce modèle est basé sur les expériences de femmes de classe moyenne et de culture homogène. Vous pouvez également vous référer à la Roue de la violence structurelle de Nisha Sajnani et Denise Nadeau.

2 Wounds of the Spirit: Black Women, Violence, and Resistance Ethics par Traci West (1999, NYU Press) est une excellente ressource sur les répercussions spirituelles de la violence.

4 Ibid.