« Une image de soi positive était un thème clé pour le Club des filles, qui a été abordé dans plusieurs activités et à travers différents médias. Par exemple, “ les filles ont appris à créer des collages numériques qui représentent une image corporelle positive… Elles n’ont pas seulement appris de nouvelles connaissances en utilisant un nouveau médium, elles ont aussi utilisé une nouvelle forme de communication. ” La création de fanzines (petits magazines) a aussi été utilisée comme façon d’expression de soi différente des moyens de communication habituels. Le Club des filles aborde les questions reliées à l’image corporelle par des activités conçues pour que les filles articulent leurs attentes sociales de la beauté et de l’image corporelle, et pour ensuite y réfléchir de façon critique. » - Tiré de l’évaluation de Filles d’action
L’étape « Ajouter de nouvelles données ou notions » est la portion de la spirale de l’éducation populaire où vous et les participantes devez chercher des ressources et de l’information pour essayer de répondre aux préoccupations et intérêts des filles. Le plus important est que ce besoin d’information vienne des filles. Dans tout le processus, les filles ne doivent pas être passives (et ne doivent pas être considérées comme telles). Ainsi, au lieu de répondre à votre désir de leur « enseigner » quelque chose, la construction de connaissances doit plutôt être reliée et être pertinente à l’expérience des filles. De cette manière, l’éducation populaire fonctionne d’une perspective positive en faisant confiance aux aptitudes et à l’ingéniosité des filles, ainsi qu’à leur capacité à poser de bonnes questions.
À cette étape, les filles sont encouragées à développer leurs propres connaissances comme processus politique portant vers l’action collective dans la communauté. Nous croyons qu’il est important d’adopter une approche misant avant tout sur les forces des filles, en valorisant ce que les filles savent déjà et leurs propres modes d’apprentissage. Cette approche oblige à reconnaître les obstacles structurels qui nuisent aux filles dans leur processus d’apprentissage, tels que le racisme institutionnel, la pauvreté et l’homophobie. Nous essayons aussi d’aborder le fonctionnement de ces systèmes dans nos apprentissages selon une perspective critique.
En d’autres mots, toute nouvelle information que nous apportons dans le groupe doit respecter et être basée selon un cadre anti-oppression. Modeler et travailler avec ce genre d’apprentissage est très important pour comprendre les questions de façon holistique et de pratiquer les habiletés de pensée critique du groupe.
Qu’est-ce qu’une connaissance ?
Un autre aspect important de cette étape de la spirale d’éducation populaire est le questionnement de ce que l’on considère comme étant une source d’information crédible et valide. On voudrait souvent nous faire croire que seulEs les expertEs bardéEs de diplômes possèdent vraiment la connaissance et que, pour apprendre quoi que ce soit, il faut écouter ce qu’ont à dire ces expertEs. Par exemple, malgré que les psychologues avancent des théories sur ce qui est important pour les filles ou leur développement, les filles doivent faire confiance à leurs propres émotions. Elles doivent prendre conscience de leur propre « expertise ».
En fait, la connaissance peut être partout sous différentes formes, particulièrement dans nos expériences et notre vécu. De plus, il existe de nombreuses possibilités pour trouver l’information nécessaire au développement de nos connaissances.
Les sources de connaissances, d’information et d’expertise existantes dans des groupes ou des communautés sont importantes et favorisent le pouvoir d’agir et la confiance en soi. Voici quelques exemples de sources d’information dans le groupe et dans la communauté :
Pour plus d’information sur comment travailler de façon sécuritaire et efficace avec les bénévoles, consultez la partie « Les bénévoles et les animatrices invitées » à la section 1.
Afin de fournir de nouvelles données relatives à l’anti-oppression, nous avons rassemblé des fiches de renseignements à l’annexe 3 qui traitent de thèmes tels que la sexualité saine, la prévention de la violence, l’estime de soi, etc. Ce ne sont que quelques exemples de thématiques sur lesquelles les filles auraient peut-être besoin ou envie d’en savoir davantage.
Nous sommes conscientes que l’information fournie ne répondra pas à tous vos besoins en matière de construction des connaissances ; nous pourrions écrire un livre à propos des sujets sur lesquels les filles et les jeunes femmes aimeraient s’informer et échanger. Apprendre, c’est l’affaire d’une vie pour chacune d’entre nous ! Nous voudrions que ces fiches vous apportent l’essentiel de ce que vous devez savoir lorsqu’on vous pose des questions et vous permettent d’approfondir la réflexion au sein du groupe. Nous espérons également que les activités proposées vous aideront à susciter des échanges fructueux et vous donneront des idées pour créer vos propres activités.
Les points suivants donnent un bref aperçu des fiches d’information qui sont à l’annexe 3 :
L’anti-oppression
Notre mandat consiste à promouvoir l’équité et à créer une société juste. Nos programmes pour filles, nos publications et nos ressources visent à renforcer le pouvoir d’action des filles, l’approche anti-oppression étant au cœur de notre démarche. Par une telle approche, on s’interroge, on cherche à comprendre les différentes causes et effets du pouvoir, des privilèges et de la marginalisation à l’œuvre dans les communautés des filles. Cela suppose de notre part une analyse réflexive soutenue sur notre travail : nous devons nous demander comment nos actions renforcent ou aident à surmonter les multiples formes d’oppression. Dans le cadre des programmes, une telle réflexion amène éventuellement à lancer un certain nombre de discussions potentiellement fructueuses sur la façon dont le pouvoir et les privilèges se manifestent dans la dynamique du groupe, au cours des ateliers et des activités ou encore dans le type de connaissances que nous partageons. Quelle que soit l’information nouvelle que vous transmettez au groupe de filles, ayez toujours en tête l’impact qu’ont les multiples formes d’oppression (tous les « ismes ») sur les individus comme sur la communauté. Vous trouverez une fiche de renseignements sur l’anti-oppression à l’annexe 3 qui va plus loin dans l’explication ; c’est à partir de ces données de base qu’est structurée l’information contenue dans la présente section, comme dans le manuel en général.
Le cadre d’analyse anti-oppression oblige à reconnaître les iniquités historiques et à cerner les déséquilibres dans la distribution du pouvoir afin de travailler ensemble à les résoudre. Le monde actuel classifie les personnes selon le principe que certaines sont « meilleures » et que d’autres sont « moins bonnes ». Comme si nous devions penser que certainEs méritaient plus de privilèges et d’opportunités que les autres. Qui fait partie des « autres » est déterminé par les valeurs qui définissent les normes sociales et qui nous classent selon des hiérarchies sociales.
L’imbrication des oppressions permet de comprendre comment diverses formes d’oppression sont intereliées entre elles et inséparables. Les systèmes d’oppression émergent les uns à travers les autres, ils ne sont pas isolés et distincts. Cela signifie que l’exploitation des classes ne serait pas possible sans diverses formes de hiérarchies fondées sur le genre ou la race ; que l’impérialisme ne serait pas possible sans l’exploitation de classes, le sexisme et l’hétérosexisme qui le sous-tendent, et ainsi de suite¹. En d’autres termes, oppression et privilège sont les deux faces d’une même médaille ; l’une ne peut pas exister sans l’autre. Il est essentiel pour les filles et les femmes de comprendre les théories de l’anti-oppression et ses cadres d’analyse afin de se retrouver malgré leurs différences et de pouvoir travailler ensemble.
Notre mandat est de travailler en faveur d’une plus grande équité et de contribuer à la création d’une société juste. Les programmes pour filles visent à renforcer le pouvoir d’agir et l’autonomie des filles et, en ce sens, nos démarches (les moyens par lesquels nous abordons les enjeux systémiques comme les obstacles posés par le racisme, le classisme, etc.) sont directement marquées par le cadre d’analyse anti-oppression. Tout en cherchant à exercer une influence positive dans la vie des filles sur une base individuelle, nous souhaitons aborder avec elles des enjeux systémiques et structurels. La maîtrise du cadre d’analyse anti-oppression est essentielle à la rencontre des filles et des femmes qui souhaitent travailler ensemble au-delà des différences.
L’estime de soi
Nous croyons que l’estime de soi – le sentiment d’autonomie, de dignité et d’intégrité – est le point de départ à partir duquel les filles peuvent s’épanouir et entrevoir leur plein potentiel. Les fiches de renseignements et les activités présentées ci-dessous essaient de refléter ce point de vue. Elles sont conçues pour fournir plus d’information et des ressources sur quelques sujets qui peuvent être utilisées pour approfondir n’importe quelle étape de votre programme. Les activités proposées peuvent aussi être utilisées et adaptées quand des problèmes d’estime de soi (ou de manque d’estime de soi) surgissent chez des filles, à n’importe quel moment pendant le programme.
La santé sexuelle
Des sujets qui sont souvent abordés pendant les programmes pour filles sont les relations interpersonnelles, la sexualité, le sexe, etc. Les filles en transition vers l’âge adulte sont naturellement curieuses sur ces questions. Souvent, le groupe de filles est l’espace le plus sûr où elles peuvent poser des questions et s’informer au sujet des relations interpersonnelles, de la sexualité et du sexe. En tant qu’animatrice, il est important que vous soyez bien informée et à l’aise d’aborder ces enjeux : votre approche doit être centrée sur le renforcement du pouvoir d’agir des filles. Votre attitude sert de modèle aux filles et les stimule à être proactives en ce qui concerne leur propre santé et leur bien-être. Les discussions et les ateliers sur ces sujets peuvent aider à contrer les stéréotypes des filles qui les empêchent de prendre leur santé en main et de soutenir des amies ou des membres de leurs familles qui vivent des situations difficiles comme des relations d’abus. Nous espérons que les activités et les fiches de renseignements qui suivent aideront les filles de votre programme à développer une sexualité saine.
La prévention de la violence
Les filles peuvent subir la violence de façon complexe et entrecroisée. La violence peut être vue comme un continuum, c’est-à-dire qui peut aller de la violence personnelle (ce qui inclus l’automutilation, l’abus de substances et autres), aux violences dans les relations (ce qui inclus les abus sexuels, les abus émotionnels ou verbaux, les abus physiques, l’intimidation, le racisme, l’homophobie, la transphobie et autres), aux violences systémiques (ce qui inclus la pauvreté, la discrimination dans les institutions, les politiques et les lois, le sexisme, le racisme, l’homophobie, la transphobie et autres). La violence peut se produire à un, deux, ou à tous ces niveaux en même temps et il est prouvé que c’est dommageable pour la santé et le développement émotionnel des jeunes femmes. La violence vécue par les filles exige que des mesures préventives soient prises, qui abordent les multiples formes de la violence sans toutefois perpétuer un climat de peur (ce qui intimide les filles et leur impose le silence). Dans toutes les activités et les conversations, le secret de la réussite est d’intercaler les moments de réflexion sur les sujets difficiles et les moments où nous célébrons ensemble nos forces!
L’identité de genre
Les stéréotypes sont nombreux, autant pour les hommes que pour les femmes. Les hommes sont stéréotypés comme forts, qui parlent peu, avec les cheveux courts, pourvoyeurs de la famille, intéressés uniquement par les aspects fonctionnels de la vie, pas trop habiles avec les enfants et attirés par les femmes. De l’autre côté, les femmes sont représentées comme étant du sexe faible, bavardes, responsables de s’occuper des enfant, aux cheveux longs, obsédées par la mode et attirées par les hommes. Le résultat de ces préjugés et stéréotypes à propos du genre est souvent appelé « oppression de genre ». On s’attend, autant des hommes que des femmes, qu’ils et qu’elles se conforment à une conception très limitée de « l’identité masculine » et de « l’identité féminine ». Une compréhension qui laisse très peu d’espace à la variation humaine.
En tant que personnes qui travaillent avec des filles, nous savons que les stéréotypes associés au genre sont loin d’être des vérités universelles. Nous savons que les filles s’expriment de mille et une façons, que ce soit par leur coupe de cheveux, leurs choix vestimentaires, leur sexualité, leurs préférences musicales, etc. L’une des raisons pour lesquelles nous travaillons avec les filles et les jeunes femmes est que nous comprenons que le genre a des effets importants sur notre manière d’interagir avec le monde (tout comme d’autres facteurs tels que la classe, l’identité ethno-culturelle, la religion, l’aptitude physique, etc.). Nous travaillons fort pour créer des environnements plus sûrs pour les participantes de nos programmes, où différentes expressions de genre sont valorisées et appréciées plutôt que réprimées.
¹ Razack, S. & Fellows, M.L. (1998). “The Race to Innocence: Confronting hierarchical relations among women”. Journal of Gender, Race and Justice, 1(2), p. 335.