Nous savons que les filles et les jeunes femmes sont exposées à plusieurs formes de violence, allant de la violence systémique (guerre, racisme, sexisme, homophobie et pauvreté), à la violence relationnelle (intimidation, agressions physiques, émotionnelles et sexuelles), ou intériorisées (comportements autodestructeurs et abus d’alcool ou d’autres drogues). Elles peuvent aussi être exposées à des actes de violence faits au hasard (comme des tueries ou des massacres). Ces actes de violence aléatoires, surtout lorsqu’ils se produisent dans un milieu scolaire, peuvent avoir des effets très importants. Même si ces événements sont extrêmement rares, le traitement qu’en font les médias peut donner l’impression qu’ils sont fréquents et que de tels incidents peuvent survenir à tout moment. Par conséquent, une telle exposition à ce type d’événements peut causer un sentiment de vulnérabilité, de confusion et d’impuissance chez les étudiantes.
Toutes ces formes de violence peuvent mener à des sentiments douloureux de peur, d’anxiété, de colère, de dépression, de désespoir et de honte. Les émotions ressenties peuvent aussi inclure le sentiment d’être exclue, isolée et insensibilisée, ou encore impliquer de la tristesse, de la peine ou l’impression de perte.
Dans le cadre de nos ateliers d’éducation populaire, nous invitons souvent les participantes à s’inspirer de leur propre expérience pour partager avec les autres et apprendre les unes des autres. Il est donc fréquent que les participantes se remémorent des expériences qui ont été néfastes ou blessantes et souhaitent les partager.
Votre responsabilité, en tant qu’animatrice, est d’être attentive et de répondre adéquatement à la gravité des expériences qui sont partagées. Lorsque cela s’avère nécessaire ou requis légalement, vous devez être en mesure de référer les participantes à des ressources supplémentaires, tel que parents, frères ou sœurs plus agés, enseignantes, travailleuses sociales ou conseillères socio-psychologiques.
Les conseils suivants ont pour but d’aider les filles et les jeunes femmes à surmonter les émotions suscitées par la violence et à maintenir un sentiment de sécurité.
Tout le monde à besoin d’une place pour exprimer ses émotions. Si les participantes ne se sentent pas en sécurité, permettez-leur de l’exprimer. Si elles ont peur pour des membres de leur famille ou des amiEs, laissez-les partager cela aussi. Pour certaines jeunes, l’exposition à un événement public tragique peut déclencher des souvenirs de leur propre expérience. Il est possible qu’elles aient besoin de temps pour parler de ces événements et pour les régler.
Si une fille ou une jeune femme commence à parler d’expériences qui semblent importantes, douloureuses ou bouleversantes pour elle ou pour d’autres participantes du groupe, vous devrez décider s’il est approprié de poursuivre la conversation en groupe, ou s’il ne serait pas préférable d’en parler avec elle en tête-à-tête. Vous pouvez demander aux participantes si elles aimeraient qu’il y ait un parent, une conseillère ou une travailleuse qui se joingne au groupe. Vous pouvez également leur demander si, suite à cette expérience de groupe, elles souhaiteraient avoir un atelier de suivi pour reparler de ce qui a été partagé. Vous pouvez aussi référer les membres du groupe à des ressources utiles dans leur communauté, à l’école ou sur Internet.
Assurez-vous que les participantes connaissent les plans de sécurité qui sont en place à l’école ou dans votre organisme. Une bonne compréhension des procédures qui ont été mises en place pour assurer la sécurité des participantes suffit parfois à renforcer leur sentiment de sécurité. La répétition des exercices d’évacuation et autres procédures d’urgence peut également permettre aux participantes d’acquérir un plus grand sentiment de sécurité et l’impression d’avoir un plus grand contrôle de la situation.
Si la violence à laquelle elles sont (ou ont été) confrontées arrive chez elles ou ailleurs, revoyez avec elles les numéros de téléphone des parents, tuteurs, conseillères en intervention d’urgence, lignes d’assistance et centres d’hébergement pour jeunes de votre région auxquels elles peuvent avoir recours pour du soutien.
Même si vous voulez aider les participantes à se sentir en sécurité, évitez de faire des promesses que vous ne pourrez pas tenir. Des affirmations du genre « Cela n’arrivera jamais ici » ne sont pas utiles parce que les participantes savent qu’elles ne sont pas vraies. Faire des affirmations fausses peut faire en sorte que les participantes doutent de tout ce que vous direz par la suite.
Lorsque cela est possible, travaillez avec d’autres membres de la communauté, comme les parents, les travailleuses sociales, les enseignantes, les conseillères et les psychologues. Sachez qui appeler si une participante se trouve dans une situation de violence. Cela vous aidera à vous sentir moins dépourvue lorsque vous entendrez des témoignages concernant la violence à laquelle elles sont (ou ont été) confrontées.
Vous pouvez aussi aider les participantes à voir ces situations de façon plus claire. Il arrive que des situations tragiques se produisent, mais les chances qu’un incident particulier les touche personnellement ne sont pas si élevées qu’elles pourraient le croire. Le fait qu’elles aient autour d’elle un réseau d’entraide peut grandement contribuer à les rassurer et à renforcer leur sentiment de sécurité lorqu’elles vivent des situations difficiles. Dans les cas de violence à plus grande échelle mais aléatoire qui se produisent dans un espace public, aidez-les à comprendre que la surmédiatisation contribue à donner l’impression que ces incidents sont plus fréquents qu’ils ne le sont réellement.
Dans les cas d’intimidation, aidez les participantes à identifier et à comprendre la façon dont ces expériences peuvent être conditionnées par le racisme, le sexisme, l’homophobie, la peur de la pauvreté ou par d’autres positions sociales. En faisant une listes des causes potentielles d’intimidation, les participantes sont ainsi encouragées à parler de la façon dont leur propre expérience peut être reliée à des formes répétitives de violence sociale, systémique ou collective. C’est un bon moyen de remettre en perspective leur expérience et que ce n’est pas seulement un cas isolé entre pairEs. Par exemple, si nous voyons deux filles intimider une troisième fille, nous allons peut-être avoir la curiosité de savoir qu’est-ce qui a causé l’attaque et peut-être on va penser que c’est simplement une bataille de popularité. Si nous prenons un peu de recul par rapport à cette histoire d’intimidation et que nous prenons en considération le statut socio-économique, l’origine ethnoculturelle et d’autres formes de positions sociales auxquelles ces filles sont rattachées, nous pouvons voir cette histoire avec une perspective beaucoup plus large.
Le fait d’avoir une perspective un peu plus large aide les participantes à voir comment certains groupe de personnes peuvent être plus vulnérables face à la violence, à cause d’idées discriminatoires, de stéréotypes et de langue. Cette perspective permet de voir l’intimidation autrement qu’un simple échange entre unE “auteurE/fortE” et unE “victime/faible”. Une telle analyse est utile parce qu’elle aide à s’éloigner des sentiments d’impuissance et de désespoir. Il peut aussi être utile de s’éloigner des croyances comme quoi les auteurEs et les victimes sont destinées à toujours répéter la même histoire le reste du temps. Finalement, lorsque nous sommes capables de défaire certains des fondements même de l’intimidation, nous sommes mieux outilléEs pour diriger les participantes vers des ressources plus appropriées.