iii. Fiche de renseignements : L’estime de soi





En sixième année, 72% des filles disent avoir confiance en elles. Cette statistique change considérablement en secondaire 2 (62%) et encore en secondaire 4 (55%). « Pour les filles, l’image corporelle détermine le niveau de confiance. La confiance semble aussi liée à la capacité de gérer le stress, à la qualité des relations humaines à la maison et à l’école, aux rapports avec les pairEs et, plus généralement, au sentiment de bonheur ».1


L’estime de soi est ce qui donne aux filles leur sentiment de confiance. C’est ce qui leur permet d’avoir assez confiance pour se lancer dans la vie et changer les choses positivement, autant pour elles que pour leur entourage. Il est facile de détruire l’estime de soi mais difficile de la reconstruire. Dans notre société, où le message dominant véhiculé par la culture populaire promeut un seul modèle de beauté inatteignable, être une jeune femme de couleur vivant dans la pauvreté ou avec un handicap, ou les trois à la fois, peut représenter un défi important. Dans une société saturée de représentations médiatiques de ce que doit être la beauté féminine, l’estime de soi est souvent exprimée par les sentiments et le rapport qu’entretient une personne avec son apparence physique ou son image corporelle et la pression de faire partie du « groupe cool ». Les recherches et nos expériences sur le sujet nous ont démontré qu’une façon très efficace de construire et d’entretenir l’estime de soi est d’offrir aux filles un espace où elles peuvent s’exprimer librement et apprendre au contact d’autres filles qui vivent aussi avec des défis et différentes formes d’oppression.



 

Quelques définitions du concept d’estime de soi

L’estime de soi réfère au sentiment de valeur ou de mérite ressenti par un individu, c’est-à-dire la mesure par laquelle une personne s’accorde à elle-même de la valeur, a une bonne opinion d’elle-même, s’apprécie elle-même et aime ou attache de l’importance à sa propre personne (Blascovich & Tomaka, 1991). Pour ajouter une autre dimension à cette définition, il est important de noter que :


« Les efforts déployés pour communiquer l’importance et le caractère fondamental de l’estime de soi ont été entravés par de nombreuses idées fausses ou confuses quant au sens de l’expression « estime de soi ». Certains sont même allés jusqu'à assimiler l’estime de soi à l’égoïsme, l’arrogance, la vanité, le narcissisme et à l’expression d’un sentiment de supériorité. Certains y ont vu le signe de comportements potentiellement violents. Ces caractéristiques ne peuvent pas être attribuées à une estime de soi saine et authentique parce qu’il s’agit en fait de réactions défensives à un manque d’estime de soi. Ce phénomène est parfois appelé « pseudo estime de soi ». D’autres ont parfois défini l’estime de soi comme le fait de «  se sentir bien » ou « d’avoir des sentiments positifs envers soi-même ».2



L’estime de soi est souvent définie par la négative, c’est-à-dire ce qu’est le manque d’estime de soi. Les personnes ayant une mauvaise estime de soi ont tendance à :


  • Essayer de se montrer supérieure aux autres ou de tenter de les impressionner ;

  • Utiliser les autres à leur avantage ;

  • Agir avec arrogance et mépris à l’égard des autres ;

  • Avoir peu confiance en elles-mêmes et douter de leur valeur en tant que personne, ce qui les rend hésitantes à prendre des risques et à s’exposer à des échecs potentiels ;

  • Blâmer les autres pour leurs difficultés au lieu d’assumer la responsabilité de leurs actions.


Les personnes qui ont une mauvaise estime de soi ont aussi tendance à prendre au sérieux les réactions négatives à leur endroit et à invalider les réactions positives. Au contraire, les personnes qui ont une bonne estime de soi tendent à accueillir les réactions positives et à minimiser les réactions négatives.3


L’importance de l’estime de soi

  • « Parce qu’une jeune femme de couleur est continuellement bombardée par la société de messages contraignants à l’égard de sa race et de son genre, les effets néfastes sur la confiance envers ses aptitudes et sa valeur intrinsèque sont parfois exacerbés. Bien que toutes les femmes doivent se battre pour développer leur individualité, les jeunes femmes de couleur ont la difficulté supplémentaire d’être étiquetée « différente » ou « étrangère ». Si elles ont vécu des agressions racistes, elles luttent peut-être encore pour se sortir des traumatismes engendrés par ces circonstances. » (Centre for Addiction and Mental Health 2006, p. 26-27).

  • Selon le rapport « La santé des jeunes : tendances au Canada » (1999, p.46), « Les élèves situés dans la partie supérieure de l’échelle (d’évaluation de l’estime de soi) étaient plus susceptibles d’avoir de bonnes relations avec leurs parents, d’être bien adaptés et d’avoir un bon rendement à l’école, d’être heureux et de se sentir en bonne santé. Ils étaient en outre moins susceptibles de se sentir seuls, déprimés ou démunis, d’avoir le sentiment d’être tenus à l’écart, d’avoir des périodes de mauvaise humeur et d’être victimes de harcèlement ».

  • « Le harcèlement sexuel, sous toutes ses formes, rappelle cruellement aux filles qu’elle ne sont pas valorisées et qu’elles occupent une position subordonnée dans le système patriarcal… Les effets du harcèlement sexuel ont une très grande portée : il arrive souvent que des filles décrochent du système scolaire, développent des troubles de l’alimentation ou d’autres dysfonctions, éprouvent un manque d’estime de soi et souffrent de dépression ou d’isolement » (Jiwani et al. 1999, p. 8).

  • « L’estime de soi, l’autoreprésentation et la pression à l’uniformité sont des questions importantes pour les filles. L’internalisation des stéréotypes et des représentations négatives des filles ont généré un « environnement nocif pour les filles » dont on voit les conséquences dans, par exemple, le mal auto-infligé (le suicide, les troubles de l’alimentation, etc.). La dépression chez les filles et la violence entre elles sont des symptômes de cet environnement nocif. Les filles affirment devoir « surveiller leurs arrières » et vivre dans une « zone de guerre » (Jiwani et al. 1999, p. 15).


 

L’intersectionnalité et le caractère individuel de l’estime de soi


  • La notion d’estime de soi est indéniablement importante. On observe des liens directs entre les problèmes d’estime de soi et des phénomènes comme la violence, l’alcoolisme, la consommation abusive de drogues, les troubles de l’alimentation, le décrochage, les grossesses chez les adolescentes, le suicide et l’échec scolaire.4

  • Dans la recherche des moyens pour soutenir les filles à avoir une estime de soi saine, il est important de reconnaître la complexité des enjeux en cause et leur importance. De plus, les notions d’identité et les valeurs véhiculées par la société ont une grande influence sur l’estime de soi. Entre autres, le racisme, l’homophobie, la discrimination fondée sur le poids, le sexisme, les handicaps et tous les autres systèmes d’oppression peuvent affecter l’estime de soi et son développement d’une façon significative.

  • Il est aussi important de reconnaître que les efforts individuels des filles ne sont pas les seuls facteurs qui déterminent leur estime de soi. L’estime de soi des filles est influencée par les différents messages qu’elles reçoivent de la société, des médias et de leurs pairEs. Alors que la société promeut des idéaux de beautés inatteignables et dénigre les différences, les filles qui sont considérées « différentes » peuvent trouver difficile d’avoir une estime de soi « saine ».

  • Des études démontrent que les adolescentes ayant une mauvaise estime de soi et un rapport malsain avec la nourriture et avec leur corps adoptent souvent comme idéal l’image de « super woman » indépendante et prospère, véhiculée par la société. Cependant, elles ne semblent pas se rendre compte qu’un tel idéal n’est pas « réel ».5

  • Il est important de recadrer le phénomène de la mauvaise estime de soi des filles dans le contexte du système de croyances qui les entoure. Il faut éviter de jeter le blâme uniquement sur les filles et de tomber dans les stéréotypes de victimisation.



 

Les facteurs qui contribuent à une mauvaise estime de soi chez les filles


Les normes de beauté imposées par les médias

  • Une étude du contenu du magazine Seventeen (la revue pour adolescentes la plus largement distribuée) des années 1945, 1955, 1975, 1985 et 1995 révèle que, dans toutes les éditions, le sujet dont on traitait le plus était l’apparence.6

  • On a montré des images de mannequins à des filles de 14 à 18 ans (des images typiques de mannequins, puis des images modifiées par ordinateur pour donner un léger surpoids aux mannequins). Les filles exposées aux images de mannequins classiques ont évalué leur propre apparence plus négativement que celles qui ont été exposées aux images modifiées (Crouch & Degelman, 1998).7


Blâmer les filles

  • Dans cinq magazines populaires pour filles, on a examiné les messages concernant le contrôle du poids et les perceptions morales (Pongonis & Snyder, 1998). Les messages à caractère moralisateur ont augmenté de façon significative au cours des vingt dernières années dans les articles portant sur la nourriture, le contrôle du poids et la forme physique. On y moralise souvent les choix alimentaires et le surplus de poids (par exemple, des messages à caractère moralisateur portant sur l’embonpoint font souvent allusion au manque de maîtrise de soi, à la paresse et à l’apitoiement, etc.).8


Quelques effets néfastes d’une mauvaise estime de soi


 

Les risques pour la santé des filles qui découlent d’une image corporelle négative


L’image corporelle est l’ensemble des sentiments, des attitudes et des perceptions d’une personne par rapport à son propre corps et à son apparence physique.9 On a beaucoup parlé ces dernières années des troubles de l’alimentation chez les filles, en mettant un accent particulier sur les formes les plus extrêmes et comportant des dangers pour la santé, comme l’anorexie et la boulimie. Il est important de reconnaître qu’une image corporelle négative et un rapport malsain avec la nourriture font partie d’un continuum d’effets néfastes vécus par les filles et que, d’une manière ou d’une autre, une image corporelle négative entrave la réalisation de leur plein potentiel.

  • Les résultats d’une étude préliminaire menée par le National Eating Disorder Information Centre révèlent que la combinaison d’une mauvaise estime de soi et de l’idéal de minceur véhiculé par les médias pousse les filles à utiliser l’apparence physique pour relever leur estime de soi. L’utilisation par les filles de l’apparence physique comme source de valorisation fait en sorte, par définition, que ces dernières sont susceptibles d’accorder une importance démesurée à l’apparence physique.10

  • Un sondage mené par un magazine féminin populaire a révélé que 75 % des femmes se trouvent « trop grosses » (Glamour, 1984). Un autre sondage d’opinion mené par Garner (1997) a montré que le niveau d’insatisfaction par rapport au corps « augmente à une vitesse jamais observée auparavant », autant chez les hommes que chez les femmes (p. 34), 89 % des 3 452 femmes interrogées disent vouloir perdre du poids.11


Quel est le lien entre l’estime de soi et les programmes pour les filles

 

L’estime de soi est un élément très important dans la vie des filles. Il est possible de favoriser l’estime de soi en offrant aux filles des espaces sûrs où elles sont encouragées à s’affirmer et à renforcer leur autonomie. Il est important de comprendre les facteurs qui contribuent au développement ou à la détérioration de l’estime de soi pour questionner ces influences efficacement dans le cadre de vos programmes pour filles.

 


Des outils pour l’autonomie sociale


Voici quelques idées pour aider les filles à développer leur estime de soi et une image positive de leur corps :


  • Questionnez les mythes de beauté : pourquoi les publicitaires profitent-ils du sentiment d’insatisfaction des filles et des jeunes femmes face à leur corps ?

  • Encouragez les filles à s’exprimer : utilisez les arts pour faciliter l’expression créative des filles (poésie, peinture, conception de murales, art corporel, etc.).

  • Encouragez les filles à tenter de nouvelles expériences et soutenez-les.

  • Valorisez les filles à exprimer leur réalité.

  • Ne jugez pas les choix des filles.

  • Vous êtes un modèle pour les filles, communiquez vos propres besoins et préférences de façon positive.


Pour plus de ressources sur l'estime de soi, consultez notre Centre de ressources.

 

 


1 Trends in the Health of Canadian Youth, 1999, p. 47.

2 National Association for Self-Esteem http://www.self-esteem-nase.org/whatisselfesteem.shtml

3 De Groot, Janet M. (1992) “Women, Eating Disorders and Self-Esteem”. National Eating Disorder Information Centre, p. 3.

4 National Association for Self-Esteem http://www.self-esteem-nase.org/whatisselfesteem.shtml

5 Ibid, p.2.

6 Schlenker, Caron, Halteman, (1998) in Liz Dittrich, “About-Face Facts on the Media”. http://about-face.org. Consulté le 1er octobre 2007.

7 Ibid, 2007

8 Dittrich, Liz. “About-Face Facts on the Media”. http://about-face.org. Consulté le 1er octobre 2007.

9 Jarry, Josée L, Amy Kossert, Karen Ip. “Do Women With Low Self-Esteem Use Appearance to Feel Better?”. National Eating Disorder Information Centre. Consulté le 2 octobre 2007, p. 1.

10 Jarry, Josée L, Amy Kossert, Karen Ip. “Do Women With Low Self-Esteem Use Appearance to Feel Better?”. National Eating Disorder Information Centre. Consulté le 2 octobre 2007, p. 4

11 Dittrich, Liz. “About-Face Facts on Body Image”. http://about-face.org. Consulté le 1er octobre 2007.

 



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