L’accueil, le soutien et les connaissances qu’offrent les animatrices sont probablement les éléments les plus importants d’un programme pour filles. Voici d’autres éléments importants dont les filles ont besoin :
- De soutien personnel ;
- D’être en sécurité ;
- De temps pour s’exprimer, dans le cadre de discussions réconfortantes avec des femmes avec qui elles ont des relations positives ;
- De programmes qui encouragent des rapports de confiance et d’interdépendance avec les femmes qui jouent un rôle dans leur vie ;
- De la reconnaissance et la mise en valeur de leurs forces personnelles et de leur diversité culturelle ;
- De mentorEs dont l’expérience reflète ce qu’elles-mêmes vivent. C’est important que les filles aient des gens qui soutiennent et comprennent ce qu’elles vivent.
Les animatrices apportent avec elles plusieurs de ces éléments simplement par leur présence et par les efforts qu’elles investissent à créer un rapport positif avec les filles du groupe. L’instauration d’une telle relation de confiance est essentielle pour combler les besoins des filles et pour aborder avec elles les enjeux importants auxquels elles sont confrontées dans leur vie. Cependant, ceci peut parfois s’avérer épineux : en effet, comment être assez proche des filles sans pour autant devenir « juste une autre amie » ? Comment éviter d’avoir des favorites au sein du groupe ? Que faire si l’une des filles vous révèle des renseignements vous incitant à croire qu’elle a besoin d’aide ? Allez-vous trahir la confiance qu’elle a placée en vous ?
Pour plus d’information sur la révélation ou la divulgation d’information, consultez la partie La protection des enfants et de la jeunesse de la Section 1.
Il est essentiel d’établir des limites. Cela ne signifie pas pour autant que vous devez vous isoler affectivement des filles du groupe. Vous devez réfléchir à ce que vous partagez avec elles et vous assurer que ces histoires servent à projeter un modèle positif de résolution de problèmes. Assurez-vous aussi que vos interventions soient faites dans l’intérêt des filles, et non pour combler le besoin de vous confier. Vous devez garder certaines de vos histoires pour vos amies et reconnaître que vous jouez plusieurs rôles dans la vie des filles, pas seulement le rôle d’une amie. Vous êtes leur guide, leur modèle et aussi une figure d’autorité. Bien que votre programme soit conçu sur un modèle non hiérarchique pour la plupart des points, vous êtes quand même la personne responsable. Les participantes s’attendent à ce que vous les meniez à travers ce processus avec sagesse et équité, que vous fixiez des limites lorsque cela est nécessaire et que vous fassiez en sorte que l’expérience reste sûre.
Quelques suggestions
- Soyez consciente que vous êtes un modèle pour les filles et que vous devez, en ce sens, adopter une attitude inclusive à l’égard de toutes les filles de votre groupe. Votre approche aura un effet direct sur la façon dont les filles se percevront elles-mêmes et agiront avec les autres.
- Fixez des balises claires dès le début de telle sorte qu’elles comprennent que vous êtes une amie, mais que vous avez aussi des responsabilités en tant qu’animatrice : elles doivent comprendre que vous pouvez garder des secrets, mais que si, par exemple, vous apprenez qu’une d’elle est battue ou qu’une autre pose un risque pour elle-même ou pour les autres, vous serez obligée de rapporter la situation aux autorités. Répétez aussi souvent que possible que la sécurité des participantes est l’enjeu le plus important et que vous ferez tout ce qui est nécessaire pour maintenir cette sécurité.
- Tâchez de ne pas avoir de « favorites ». Essayez de donner à toutes les filles un temps de parole égal au sein du groupe et efforcez-vous de valider toutes les contributions. Trouvez les moyens d’inclure et de reconnaître toutes les participantes, et plus particulièrement celles qui éprouvent des difficultés à s’ouvrir aux autres. Cela instaurera un sentiment de sécurité et d’inclusion au sein du groupe.
- Consultez régulièrement vos co-animatrices pour vérifier et échanger sur la dynamique du groupe. N’hésitez pas à formuler des critiques constructives si vous vous apercevez qu’une de vos collègues accorde plus d’attention à certaines filles au détriment des autres et aidez-la à être plus inclusive.
- Si vous préférez établir un rapport avec les filles seulement pendant les périodes où le groupe est réuni, essayez de réserver des périodes libres à chaque séance pour que les filles aient l’occasion de vous parler individuellement si elles le désirent.
- Si vous vivez dans une petite communauté, il est probable que vous croisiez les filles de votre groupe dans différents contextes et que vous connaissiez leurs parents et leurs proches. N’oubliez pas de respecter la confidentialité concernant tout ce que vous avez appris à propos des filles au sein du groupe, sinon vous risquez de trahir leur confiance. Si une des filles éprouve de la difficulté à s’ouvrir aux autres, il est possible que vous soyez tentée d’en glisser un mot à quelqu’un qui la connaît. Faites bien comprendre à tout le monde que tout ce dont vous discutez au sein du groupe doit rester dans le groupe et respectez cette entente.
- Réagissez de façon positive lorsqu’une fille dit qu’elle ne comprend pas le sens d’un mot, d’un concept ou d’une intervention ; reconnaissez le courage qu’il faut pour se placer ainsi en position de vulnérabilité.
- Plusieurs sujets intenses et problèmes délicats peuvent être abordés au sein du groupe et il est normal que vous éprouviez parfois de la peine ou de la douleur en même temps que les filles du groupe. Assurez-vous d’être en mesure de maîtriser vos propres sentiments et de trouver les moyens de vous détendre et d’avoir du plaisir. Il est très important que vous preniez soin de vous à l’extérieur du groupe : les filles ont besoin que vous soyez forte et inspirante!
- Soyez toujours consciente du niveau de pertinence de vos propres témoignages. Demandez-vous : est-ce que ce que mon intervention est bénéfique pour le groupe, ou est-ce que cela ne sert que mes propres intérêts (ce qui est inapproprié). Vous aurez peut-être besoin de trouver quelqu’unE (une conseillère ou une amie) à qui vous pourrez confier vos sentiments à propos du groupe. Il peut être utile de mettre en place un réseau de ressources avant même de commencer, ainsi vous pourrez y accéder au besoin.
- Acceptez vos limites en tant qu’animatrice. Vous n’êtes probablement pas thérapeute et il est possible que vous deviez référer les filles à des ressources externes comme une conseillère ou une clinique de santé. N’essayez pas d’être une thérapeute si vous n’en êtes pas une. Par ailleurs, cela ne suffit jamais de dire à une fille : « tu devrais en parler à quelqu’un », pour ensuite passer à autre chose. Assurez-vous d’avoir à votre disposition une liste de noms et de contacts de professionnels de la santé actifs dans votre région ou à proximité du lieu de résidence des filles. De cette façon, les filles auront toujours quelqu’un à qui s’adresser immédiatement ou à leur retour à la maison. Vous pouvez même offrir de les aider à établir le contact initial avant qu’elles ne quittent l’activité. Si vous décelez des tendances suicidaires ou des comportements à risque, ou si vous avez l’impression que les filles sont victimes de mauvais traitements, dites-leur que vous êtes légalement obligée de communiquer avec une autorité pertinente, ET VOUS DEVEZ LE FAIRE. Ne craignez pas de trahir la confiance des filles : vous leur sauvez la vie.